Le Conseil d’administration du Fonds monétaire international a validé, mercredi, un décaissement de 155 millions de dollars au profit de Madagascar. La somme se répartit entre deux instruments : 100 millions de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit et 55 millions via la Facilité pour la résilience et la durabilité. Mais cette décision du Conseil confirme un soutien conditionnel, assorti d’un calendrier d’exigences précises dont la prochaine échéance, fixée à janvier 2027, porte directement sur la politique malgache des prix des carburants.
Le décaissement intervient alors qu’un différend opposait l’institution au gouvernement malgache sur la régulation des prix à la pompe. Le Conseil a choisi de le résoudre par une dérogation encadrée. Le cœur du désaccord porte sur le mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants, prévu dans le cadre convenu avec le FMI. Depuis avril, le gouvernement plafonne les prix à la pompe dans le contexte de l’état d’urgence énergétique, suspendant de fait ce dispositif. Antananarivo a sollicité une dérogation, que l’institution a acceptée, en exigeant le rétablissement complet du mécanisme en janvier 2027.
Chaque partie défend sa lecture. Le gouvernement justifie sa position par la crainte qu’une hausse importante des carburants n’alimente l’inflation et ne provoque des tensions sociales. Le FMI estime pour sa part que le maintien de prix administrés peut peser sur le budget lorsque l’État doit compenser l’écart avec les coûts réels. Cette divergence illustre la marge de manoeuvre limitée dont dispose un gouvernement soumis aux conditions d’un programme financier : la dérogation accordée n’est pas une renonciation, mais un report encadré, avec une date butoir contraignante.
Au-delà des carburants, le feu vert du FMI s’accompagne d’une liste de réformes attendues, qui dessinent les priorités de surveillance de l’institution pour les mois à venir. La première concerne la mobilisation des recettes publiques. Le FMI réclame une meilleure collecte, notamment par la réduction des exonérations fiscales et le renforcement des administrations fiscale et douanière. Ces demandes touchent directement la capacité de l’État à financer ses engagements sans recourir davantage à l’endettement extérieur.
La Jirama, l’entreprise publique d’eau et d’électricité, demeure également sous le contrôle rapproché de l’institution. Le FMI demande l’application rapide du plan de redressement de l’entreprise afin de réduire son poids sur les finances publiques. Les déficits de cette société d’État représentent en effet une charge récurrente pour le budget, et leur résorption figure parmi les conditions de bonne exécution du programme.
Le volet gouvernance occupe par ailleurs une place explicite dans les attentes du Fonds. Madagascar est appelé à poursuivre les réformes relatives à la gouvernance et à la transparence. Parmi les dossiers concernés figure la Loi sur l’accès à l’information à caractère public, toujours bloquée à l’Assemblée nationale. Le sort de ce texte législatif devient ainsi un indicateur de suivi pour l’institution, qui lie désormais explicitement la transparence publique à la poursuite de son appui financier.
Au total, Antananarivo obtient bien les 155 millions de dollars annoncés, mais l’opération illustre la logique conditionnelle qui gouverne la relation entre le pays et le FMI. Chaque décaissement s’inscrit dans un cadre de conformité, d’échéances et de réformes à mener, et la dérogation sur les carburants ne fait pas exception à la règle. Janvier 2027 constitue déjà la prochaine échéance sensible avec l’institution sur la question des prix des carburants, et le respect de cette date conditionnera la poursuite du dialogue financier. Une analyse détaillée de ce décaissement est disponible sur https://www.lsi-africa.com/fr/economie-finances/madagascar-economie-decaissement-fmi.html.